Où est son locataire ? Se taire. Rire, prise, risée est sa raison ou plutôt prison déraisonnante.
Au bord du chemin, près d’un fossé, l’escargot l’a quittée. Dans la rosée du matin, elle frissonne sur l’herbe humide. C’était hier soir, premier jour d’un printemps, fût-il, naissait-il ?
Rêveuse elle regarde les nuées d’oiseaux lointaines dans le ciel :
- pourquoi n’ai-je pas d’ailes ? -- au moins, ou au plus, je pourrais me déplacer à tire d’ailes, et ne pas rester collée à ce sol fangeux. -- soyons plus prosaïque, il ne sert à rien de fantasmer, mais regardons ce qui m’entoure.
Une pâquerette sans vergogne lui fait un clin d’œil. Elle l’ignore. Une marguerite hautaine l’observe du haut de sa corolle « pourquoi madame ? ». Un coquelicot rougeoyant de ses rougeurs dans la brise, rigole. Un bouton d’or berce sa corolle sous les rais d’un soleil fugitif naissant
D’accord se dit-elle « je ne puis ni regarder trop haut, ni à mi chemin, alors je vais observer ce qui se passe au ras du sol. Je ne peux ni avancer, ni reculer, ma coquille est bloquée entre ciel et terre.
Une limace passe, grimace devant cette carapace creuse. Petite coquille abriterait bien ce faux colimaçon, mais il préfère rester un sans abri, se glisse dans l’herbe, bave et rote pour s’assoupir entre deux futaies.
Petite coquille a besoin de remplir son ventre. La mer est trop loin et de toutes les façons elle ne sait pas nager. Le ciel est trop haut et de toutes les façons elle ne sait pas voler. Il lui reste la terre, mais elle ne sait pas ramper. Que faire alors ? et de toutes les façons elle ne sait rien faire.
Sophie.