Jeudecriture

Partez pour revenir à l’essentiel…Che Guevara

6 décembre, 2007

Mon ange

Classé dans : Caroline Van Hulle,Poemes — Sbreccia @ 16:24

Tu es passé 

 

Comment décrire ce moment sans sombrer dans le cliché, même inspiré. 

Comment rendre cette fin d’après-midi, où je me suis assise face au soleil faiblissant. 

J’attendais. Je ne m’attendais pas à toi. 

 

Marchant d’un pas rapide, tu es passé devant moi. 

J ‘ai  vu ton visage, tes vêtements et tes baskets. 

Bleues avec des lignes blanches. 

Nos regards se sont croisés, le temps de rien. 

 

Tu t’éloignais déjà, mes yeux suivaient tes pas et je me disais qu’il y avait encore quelque chose de mâle dans ta démarche. 

Quelque chose qu’ils n’avaient pas encore éteint. 

 

Nos regards se sont croisés,  je le jure, et ce que j’y ai vu m’a laissée 

assise là,  encore un peu. 

Puis je me suis levée et suis entrée dans le bâtiment où m’attendait ma fille. 

Quand je me suis retournée pour sortir, je t ‘ai vu. 

Nos yeux se sont reconnus et les tiens se sont baissés. 

Tu étais assis et c’est moi qui suis passée devant toi sans me retourner. 

Je suis sortie, tenant ma fille par la main. 

 

Tu es resté là, assis au fond de cette chapelle, dans tes baskets bleues et ta chasuble brune. 

Je t’aurais dit : « Oui ! », Mon Ange. 

Sans me poser de questions, je t’aurais dit : « Oui ! ». 

 

Je t’oublierai mon Ange. 

Comme toi,  enfin je crois. 

 

Des dits et des riens…

Classé dans : Caroline Van Hulle,Poemes — Sbreccia @ 16:22

Décider des liens 

Des silences 

Désir dense 

Désir,  danse… 

 

Délirer sur rien 

Des rives et des loin 

Dériver un brin 

A distance… 

 

Tisser mine de rien 

Métisser sans fin

Et danser contre l’absence 

 

Et garder nos liens 

Si prêts et si loin 

Sauvegarder nos âmes en errance 

 

Si tu veux je viens

Partager enfin 

Déliter les apparences 

 

Une promesse sur rien 

Nos vides et nos pleins 

Nos dits et nos riens 

Libérés de la toile « e-ment se » 

17 novembre, 2007

Hivernation

Classé dans : Caroline Van Hulle,Poemes — Sbreccia @ 19:27

« Je me repose mais mon coeur veille. »Salomon

 

Lorsque l’année s’étire sur sa fin, que le ciel se glace d’oranges givrés et que les forêts enfilent leurs manteaux d’or et de pourpre, elle sent venir le besoin de se retirer.

Son corps se fait plus lourd, sa tête l’encombre, ses pensées sentent l’humus et son regard s’embrûme. Elle doit vite trouver le chemin de son antre, cette grotte cachée au regard des humains.

Des humains, pas comme elle …

Elle rêve déjà de l’instant où, la nuit installée, elle va s’endormir enroulée sur elle-même. A l’abri de tout : des jours gris, des sons pâles, du monde endolori sous son vague à l’âme. Lovée de sa chaleur, laissant passer les rêves et deux saisons, attendant pour renaître.

Elle sera bien : dans ses rythmes ralentis , dans ses gestes alanguis et , ce temps suspendu , à sa guise.

Les yeux mi-clos, immobile, elle s’y sent déjà.

Un petit souffle chaud respire près de sien.

Elle ouvre les yeux sur un regard qui sourit, étonné : « Maman ? Tu dors ? ».

La louve n’hiberne pas.

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Les gens heureux n´ont pas d´histoire…

Classé dans : Caroline Van Hulle,Poemes — Sbreccia @ 19:25

Les gens frileux non plus.

Les gens frileux s’enveloppent toujours de vieilles idées bien épaisses.

Ils se coiffent jusqu’aux yeux de principes étriqués mais encore rigides.

Ils gardent toujours leurs mains enfoncées au plus profond de leur pardessus de bonnes raisons.

Ce qui est amusant, c’est que toutes ces couches ne les empêchent pas de s’enrhumer, comme la plupart des humains.

Les frileux sont prévoyants et ont toujours dans leur poche, un grand mouchoir à carreaux qu’ils déploient largement devant leur visage avant de se moucher.

Les gens frileux sont bien à plaindre.

Ils ne sauront jamais la chaleur d’un regard.

Ils ne sentiront jamais la douceur d’une main.

Ils ne partageront pas non plus la vibration d’un corps, d’une âme, d’une autre humanité.

Ils continueront à vivre derrière leur grand mouchoir.

Engoncés dans la solitude de leur pardessus boutonné jusqu’au col, les mains crispées au fond de leurs poches à principes.

Les épaules contractées sur leur âme figée.

Persuadés qu’ils finiront bien par se trouver un peu de chaleur, à garder pour eux tout seuls.