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Venus des étoiles

Je viens de la ceinture de Kuiper et bien au chaud dans la météorite qui m’a véhiculé jusqu'à la terre, j’ai pu tenir le temps de faire mon trou dans la carapace et maintenant je me trouve à pied d’œuvre avec mes semblables.

J’ai une santé de fer c’est le moins qu’on puisse dire, car après avoir percé mon véhicule météoritique en ne laissant que de la rouille ; mes déjections en quelque sorte, je vais grignoter avec plaisir  tout ce qui est à ma portée.

J’imagine la tête du responsable lorsqu’il ne trouvera que des petits tas de rouille. C’est vrai que nous avons eu de la chance de ne point tomber en plein désert, mais dans un cimetière de voiture, c’était inespéré. Un vrai délice il y a de quoi se nourrir pendant des mois avec toutes ces carcasses au milieu desquelles nous sommes.

C’est vrai aussi que notre guidage magnétique y est pour quelque chose et que les concepteurs de la colonisation ont bien fait leur travail.

Cette propriété magnétique qui nous fait nous comporter comme des aimants en nous collant à la ferraille à aussi des avantages (pour nous) que les humains vont découvrir bientôt si ce n’est déjà fait.

Comment croyez-vous que je puisse appréhender mes relations avec mon nouvel environnement ?

Cela s’est passé le soir de mon atterrissage quand j’ai traversé le toit de la cabane du ferrailleur. Je me suis collé à la carcasse de son ordinateur, j’ai bouffé la tôle et avalé tous le contenu du disque dur ; sans trace d’effraction ; j’ai collecté les octets et assimilé le tout. J’ai ensuite recraché les octets inutiles et n’ai gardé que la partie encyclopédique et économique. Pour ce qui est de la psychologie, j’ai assimilé mais j’ai recraché toute la pornographie. Les humains mâles sont bizarres. Ils séduisent leurs femelles avec une espèce de tube qu’ils rentrent dans leur corps et s’y adonnent avec acharnement. Pour nous c’est plus simple. Nous nous reproduisons par spores. Pas de machin, pas de tube qui pend après l’action. Notre plaisir est dans la ferraille.

Attention nous ne digérons que le fer pur. L’acier inox, l’alu, le cuivre, le mercure…Cela ne nous concerne pas et rejoint nos crottes. Alors avec les alliages il y a de quoi faire !

Une chance que le ferrailleur se trouve raccordé à une voie ferrée. Nous allons pouvoir explorer notre environnement et ces voies doivent bien conduire quelque part.

Les rails sont un peu coriaces le métal est de meilleure qualité que les tôles de bagnoles très minces il est vrai. Une aubaine un train s’est couché en l’absence de rails. Cela fait un sacré stock à digérer. Je crois que vais rester là un moment.

Il y a un truc bizarre. Dans le train, il y avait des humains et j’ai remarqué que leur sang avait un goût de fer ! Mangerait-ils du fer ?

Maintenant que nous avons grossi nous allons essaimer. Vous savez le truc des spores ? Et bien dans la ferraille nous avons trouvé de drôles de champignons. J’ai regardé dans ma base de données et j’ai vu « vesce de loup » une forme sympa qui grossit, arrive à maturité et  qui éclate en dispersant ses spores. Comme elles sont radioactives depuis qu’une centrale nucléaire a éclaté et pollué toute l’Europe, je vais rentrer en symbiose et  m’envoler porté par le vent. Il paraît qu’il y a quelque part des stocks de guerre où la ferraille ne manque pas. Quel boulot en perspective ! Après nous boufferons le cœur de la planète, il paraît que son noyau est en fer. À moins que, les humains trouvent  un anti-virus, mais nous muterons. C’est ainsi depuis que le monde existe. Hé !Hé ! Question de survie. Salut ! 1J’ai encore à faire !