Soucoupes volantes sur San-Miguel
J’adore les haricots rouges cubains (pour les initiés : les fijoles), ils les cuisinent avec du gras de cochon, la queue notamment ou les pieds, c’est bien gras, bien pateux et ça te tient au ventre…Par une journée de grosse chaleur, il n’y a rien de mieux pour t’inviter à une bonne sieste sur une « balanza » comme ils disent ici, un rocking cheur chez vous en Iourope…
…Oui, je sais je dis chez vous, car pour moi c’est plutot compliqué pour me situer, vu que je suis né en Suisse à Lugano, d’un père naturalisé Paraguyen et de mère inconnue, eh oui, c’est pas courant, mais cela existe, la preuve…
— - Mes haricots rouges, je m’en suis regalé hier midi, accompagnés de platanos frits dans une bonne dose d’huile, de quoi te faire grimper le taux de cholesterol au zenith…
La gourmandise c’est mon péché mignon, vous l’auriez deviné…Mais quand ma mulata me hace los fijoles comme le hurle la chaine hi fi de Jorge mon voisin, je deviens loco…loco.
J’etais en pleine degustation à m’en decrocher les machoires, quand soudain dans le ciel de San Miguel del Padron…Ah oui, je ne vous l’ai pas dit, mais vous l’auriez deviné, je vis dans la grande banlieue de La Havane, ah c’est pas la banlieue parisienne, c’est moins triste, bien que quand tu vois l’etat de la plupart des maisons tu as l’impression d’entendre les paroles de ce chanteur mexicain Marco Antonio Solis qui sous des allures de christ ressucité te sussure : »Les toits en cartons sur les maisons en carton…etc »…Mais heureusement il y a la vegetation luxuriante, ça rattrape…
Quand je vois ce spectacle, j’ai envie de me mettre au piano comme dans ce film superbe où un gars hyper friqué se mit en tête de faire traverser à un bateau un bras de terre entre deux fleuves en pline Amazonie pour donner un concert dans la jungle.L’acteur principal c’etait cet allemand qui joua dans Aguirre ou la colere de Dieu..Ah Sam, mon vieux Sam tu as des pertes de mémoire parfois.
Pour être plus précis, avant de voir, j’ai entendu…Oui un bruit effroyable qui fit resonner le toit de ma terrasse, plus fort qu’un coup de tonnerre, car ici les coups de tonnerre on connait…Tous les jours à la météo de la T.V on t’annonce des « chuvascos », des tourmentes electriques et en Juillet et Août quotidiennement on y a droit.
Non, vraiment, là ce fut un degré au dessus et je me dis : »Sam, mon vieux Sam… » Je ne vous l’ai pas dit, je me nomme Sam Carpenter, ça fait un peu detective privé de Chicago, non.. ?
Oui je me dis, que là ce bruit il tenait du surnaturel, et j’en oubliais mes fijoles. Mais rapidement apres le bruit ce fut une pluie hallucinante de projectiles qui criblerent mon jardin et ma terrasse.Par chance, aucun ne m’atteignit… Et en plein milieu de mon plat de platanos qu’est ce que je vois : un morceau de beton, mais beton de chez beton… Et tout de suite après des hurlements et des pleurs.
Entre deux sanglots je reconnais la voix de Marissela, ma voisine d’en face, qui passe ses journées à laver sa terrasse à grands coups de seau d’eau. Faut dire que je n’avais pas regardé dans la rue, mais à entendre ses cris j’ai zieuté sur les maisons d’en face, et là qu’est ce que je vois.. ? Un tas de morceaux de beton repandus sur quelques dizaines de metres autour de la maison de Marissela, et de l’eau de partout. Et en plein milieu de la rue, le camion du pipero, le pipero vert de peur sur le toit de Marissela…
Et là, tilt, je pige, c’est le tanque sur le toit de Marissela qui a explosé projettant ses parois de beton tel des soucoupes volantes sans blesser notre pipero couleur Martien qui s’en est sorti avec une jaunisse…
L’explication, je l’ai eue ensuite, le mari de Marissela avait tardé à faire appel au camion citerne d’eau, le reservoir ou tanque était vide depuis plusieurs jours et fermé, sous la chaleur s’était produit un effet de four, et lorsque le tuyeau d’arrosage du pipero debita l’eau fraiche, pas besoin de vous faire un dessin…